Salon de Peinture

Event

M HKA, Antwerpen

17 January 2019 - 31 March 2019

Pour qui pourrait encore en douter : la peinture est bien vivante. L’exposition Salon de Peinture propose un état des lieux actuel de l’art pictural, réparti dans deux salles, avec plus de cinquante tableaux d’artistes belges ou étrangers qui vivent et travaillent en Belgique.

Les initiateurs, Lode Geens et Liliane Dewachter, ne recherchent pas l’exhaustivité, mais souhaitent surtout montrer un éventail aussi large que possible et offrir un tour d’horizon des pratiques très diverses que les peintres développent aujourd’hui.

Salon de Peinture expose des toiles de quelques maîtres entre-temps devenus des classiques, comme Raoul De Keyser, Roger Raveel, Marthe Wéry et Jef Verheyen ; de peintres célébrés ayant fait une importante percée internationale, comme Luc Tuymans, Michaël Borremans, Angel Vergara et Koen van den Broek ; et d’électrons libres intéressants qui ont édifié une œuvre remarquable, remarquée et singulière comme Fred Bervoets, Wout Vercammen, Walter Swennen et Philippe Vandenberg.

L’exposition présente également des tableaux de plus jeunes talents : certains ont déjà fait une percée nationale, voire internationale, comme Kati Heck, Kasper Bosmans et Ben Sledsens, d’autres sont selon l’expression proverbiale « émergents et prometteurs » comme Sanam Khatibi, Anna Zacharoff, Tessa Perutz et Gijs Milius. Ces quatre derniers sont respectivement originaires d’Iran, de Suède, des États-Unis et des Pays-Bas, mais actifs à Bruxelles. Il est d’ailleurs frappant que les nouveaux noms de la scène bruxelloise ne percent qu’au compte-gouttes à Anvers et vice versa. De ce point de vue, Salon de Peinture offre donc aussi de premières découvertes captivantes.

Du reste, il y a des redécouvertes : l’œuvre en partie abstraite et en partie figurative d’Ilse D’Hollander (1968-1997) qui reçoit des éloges internationaux ces dernières années et l’œuvre abstraite géométrique de l’architecte Alfons Hoppenbrouwers (1930-2001), à qui le M HKA consacre une exposition à part (19.01.2019 – 05.05.2019).

Cela en dit long sur le boom de la peinture belge, tant et si bien que nous pourrions monter sans grands efforts un second Salon de Peinture avec cinquante autres peintres.

Dans les années 70 et 80, la peinture a été déclarée morte à plusieurs reprises. Le climat de l’époque n’était guère propice au sens où les galeries et les musées ne présentaient que très peu ou plus du tout d’expositions de peintures. Minimalisme, arte povera, art conceptuel, art vidéo naissant, happenings et performances étaient dans le vent : Broodthaers, Beuys et Byars donnaient le la pour ainsi dire. Les peintres étaient hués et considérés comme des souillons qui barbouillaient des toiles avec leur peinture dans des ateliers désordonnés et pratiquaient une discipline bourgeoise complètement obsolète. D’ailleurs, est-ce que tout n’avait pas déjà été « dit » en peinture ?

Qui plus est, à l’époque les possibilités d’exposer étaient beaucoup plus restreintes qu’aujourd’hui : le S.M.A.K. et le M HKA n’existaient pas encore – seuls leurs précurseurs, l’ICC à Anvers et l’Association du Musée d’Art Contemporain à Gand, étaient déjà érigés – et le circuit des galeries était beaucoup plus restreint qu’à l’heure actuelle.

Entendons-nous : les peintres ont tout le temps continué à peindre, même s’ils avaient tout le mal du monde à garder la tête hors de l’eau. Entre-temps, cela paraît presque une boutade : à partir de 1988, Luc Tuymans n’a pas seulement remis la peinture au-devant de la scène, mais a de surcroît donné un nouvel élan à la peinture figurative. Il pratiquait une nouvelle sorte de « peinture historique », travaillait autour du rôle de l’Histoire et de la mémoire et soulevait des questions sur la véracité de l’image (peinte).

L’école dite « anversoise » – Luc Tuymans et des contemporains comme Bert De Beul et Guy Van Bossche – a ensuite produit des épigones. Dès lors, on a vu la peinture totalement s’épanouir, de sorte que désormais presque tout est possible. Ainsi, ce ne sont pas des centaines, mais des milliers de fleurs qui éclosent en ce moment dans la peinture. Dans ces deux salles, vous pouvez voir du néo-surréalisme, de la fluo-figuration et du néo-naïvisme, des toiles allant de l’abstraction à la figuration, du monochrome à la géométrie abstraite, de l’esthétique pure au « bad painting », du commentaire social à l’art pour l’art.

Il y a de l’intérêt pour le paysage et l’être humain, pour la guerre et l’idylle. Les sources d’inspiration varient de maîtres anciens comme Cranach, Botticelli et Van der Weyden, à des bandes dessinées et des logos. Et on observe en outre l’influence de maîtres modernes comme Walter Swennen, Fred Bervoets et Raoul De Keyser sur l’œuvre de jeunes peintres.

L’accrochage dense, disposé en différentes rangées les unes au-dessus des autres, fait référence aux salons classiques du XVIIIe et du XIXe siècle : des expositions annuelles officielles qui souhaitaient brosser un tableau foisonnant de la jeune production artistique. D’où le titre de cette exposition. Mais ne vous laissez pas berner : l’accrochage ne résulte pas du pur hasard. Il comporte des confrontations ou des rimes visuelles éloquentes, des œuvres reliées par la couleur ou le style, le motif ou le thème. Et de-ci de-là, on notera un triple saut de la monochromie à la géométrie.

- Eric Rinckhout

 

Avec: Jürgen Addiers, Nel Aerts, Magnus Andersen, Nick Andrews, Atelier Pica Pica, Anastasia Bay, Jean-Baptiste Bernadet, Fred Bervoets, Bram Bogart, Michaël Borremans, Kasper Bosmans, Jean-Marie Bytebier, Antoine Carbonne, Michiel Ceulers, Riyad Cherif Chaker, Marlies De Clerck, Raoul De Keyser, Damien De Lepeleire, Gaston De Mey, Gery De Smet, Michael Debatty, Robert Devriendt, Catharina Dhaen, Ilse D’Hollander, Alfred d’Ursel, Sacha Eckes, Justin Fitzpatrick, Jef Geys, Kees Goudzwaard, Kati Heck, Alfons Hoppenbrouwers, Sanam Khatibi, Vedran Kopljar, Serge Largot, Bert Lezy, Jacques Lizène, Werner Mannaers, Geert Marijnissen, Menno Meewis, Gijs Milius, Yola Minatchy, Maryam Najd, Otobong Nkanga, Xavier Noiret-Thomé, Cel Overberghe, Tessa Perutz, Roger Raveel, Jean Schwind, Timothy Segers, Ben Sledsens, Walter Swennen, Boy & Erik Stappaerts, Mitja Tušek, Luc Tuymans, Guy Van Bossche, Philippe Vandenberg, Koen van den Broek, Dirk Vander Eecken, Carole Vanderlinden, Jan Vanriet, Philippe Van Snick, Wout Vercammen, Angel Vergara, Jef Verheyen, Pieter Vermeersch, Ane Vester, Leen Voet, Marthe Wéry, Anna Zacharoff, Flexboj & L.A / Fred Bervoets, Hugo Claus & Jan Decleir / Vaast Colson & Dennis Tyfus

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