Permanent Collection 2017 - 2022

Timothy segers m hka

Ensemble

La collection du M HKA s’articule autour de trois approches de l’art : l’image, l’action et la société. Bien qu’aucune œuvre ne réponde exclusivement à un seul de ces critères, il s’agit d’une perspective utile pour examiner l’unicité et la complémentarité de notre collection. Image, action et société peuvent être les trois axes qui déterminent conjointement l’espace d’une œuvre : chaque œuvre performative a une qualité d’image, regarder une œuvre est une action et chaque œuvre se rapporte toujours d’une certaine façon à la société. Aussi, cette subdivision veut-elle surtout stimuler le public à interagir avec les œuvres et à établir de nouveaux liens.

 

Image

Anvers a une longue tradition de création, de reproduction et de diffusion d’images. Penser « l’image » fait aussi partie intégrante de la pratique de divers artistes représentés dans la collection du M HKA. Les images peuvent faire référence à d’autres images et à la manière dont elles sont produites.

À partir de 1958, le groupe d’artistes G58 organise à la Hessenhuis une série d’expositions d’art contemporain avec des artistes locaux et internationaux. Ainsi, ils insufflent une nouvelle vie à l’idée d’une avant-garde anversoise. En 1962, Jan Henderikse, membre du groupe ZERO qui réunit des artistes travaillant de manière monochrome et sérielle, réalise Houten groentekisten à l’occasion de l’exposition Anti-Peinture. Sa liberté d’action et son utilisation de matériaux de recyclage fait de lui le membre le moins rigoureux du groupe.

Représentant prééminent du minimalisme états-unien, Dan Flavin tente de réduire la sculpture à sa quintessence. Untitled (to the real Dan Hill) 1b influence l’environnement et incite à la réflexion sur la relation entre la lumière et l’espace.

Dans le prolongement du minimalisme, Joëlle Tuerlinckx interroge les fondements de l’art. Elle part de l’idée que des œuvres d’art ne se cristallisent que dans les pensées du spectateur. Dans Aux Dimensions de : quelque chose, elle réduit des objets à leurs rapports mathématiques. Tuerlinckx explore la limite entre être et ne pas être, entre quelque chose et rien.

Raoul De Keyser examine les divers éléments de l’art pictural : texture, ligne, support, matériau et format. Son approche radicale va de pair avec l’intuition et le ressenti, ce qui permet à une part de réalité de transparaître à travers l’œuvre Zilver.

Les œuvres de Lili Dujourie qui portent le titre Stilleven font référence aux traditions de l’histoire de l’art. Bien qu’a priori ces collages abstraits n’aient pas grand-chose à voir avec des natures mortes classiques, ils en partagent cependant l’importance donnée à la composition et la texture. Cette série présage le thème ultérieur de la spatialisation d’éléments de la tradition artistique.

Jan Vercruysse se méfie de toute velléité communicative dans l’art. Son œuvre analyse aussi bien des problèmes formels que de contenu et réfère à l’architecture et au théâtre. Les chaises vides dans Les Paroles (III) renvoient à l’absence de voix, de conversation ou de discours.

Marlene Dumas et Luc Tuymans font partie d’une génération d’artistes qui, à la fin des années 80 et au début des années 90, a remis la peinture sur le devant de la scène du monde de l’art en tant que pratique reflétant aussi bien une pensée qu’une action. Les deux artistes partent souvent de matériel visuel existant qu’ils transposent dans de nouvelles images. Sacrifice de Dumas prend la figure humaine pour point de départ d’un questionnement visuel sur les identités raciales, sociales et sexuelles contemporaines. Dans l’œuvre de Tuymans, le souvenir occupe une place centrale, spécifiquement dans le point de fuite d’une image marquante. Dans Vlaams dorp et IJzertoren, il se concentre sur des symboles vidés de leur substance. Les couleurs sourdes, délavées de Hotelkamer évoquent une atmosphère de désolation.

Cindy Sherman critique la culture actuelle de l’image et l’influence que celle-ci exerce sur nos identités. Untitled No 121 A, dans laquelle figure l’artiste en personne comme dans toutes ses œuvres, a pour thème la tension entre authenticité et imitation, individualité et identification.

Dirk Braeckman explore les potentialités du processus photographique. Le cadrage peu orthodoxe de CPS-100-0067-2002 en accentue l’effet cinématographique. Au lieu de clarifier l’œuvre, la réflexion de la lumière la rend d’autant moins lisible. L’image devient l’image d’une image.

David Claerbout est fasciné par la manière dont nous observons le monde et par le fonctionnement de notre mémoire visuelle. Dans Olympia (The real time disintegration into ruins of the Berlin Olympic stadium over the course of a thousand years), start 2016, l’image suit les conditions météorologiques à Berlin. La végétation gagne du terrain et la représentation fidèle montre, pierre par pierre, la désintégration graduelle du stade.

 

Action

Le terme d’« action » fait référence à l’art de la performance au sens restreint, mais aussi à l’art de la pratique performative avec la possibilité de changer la réalité – ou tout du moins la façon dont nous l’envisageons. Les artistes expérimentent aussi le potentiel de leurs propres corps, l’esprit du temps et l’horizon d’attente du public.

On peut affirmer que l’origine de la collection du M HKA réside dans une action de Gordon Matta-Clark. En 1977, pour Office Baroque, il transforme en œuvre d’art un bâtiment du quai Ernest Van Dijck en y découpant des formes géométriques.

Panamarenko est au cœur de l’image artistique de la collection du M HKA. Les happenings qu’il (co)organisait dans les années 60 – des interventions ludiques dans le centre-ville d’Anvers – touchaient à la fois à l’art et à la vie quotidienne. Au cours de la seconde moitié des années 60, Panamarenko a créé une série d’objets poétiques, d’images de la vie courante avec des matériaux ordinaires. C’est avec l’œuvre Zwitserse Fiets (1967) qu’il met pour la première en avant sa fascination pour la technologie.

James Lee Byars est également indissociable de l’avant-garde anversoise. The Giant découle de la fascination de l’artiste pour les échanges épistolaires et pour les textes et situe l’artiste comme vagabond et l’œuvre d’art comme un événement éphémère. Lors d’une performance à l’ICC, le centre d’art contemporain sur le Meir qui a précédé la création du M HKA, Byars a introduit la même forme à échelle colossale.

L’engagement durable du M HKA avec l’artiste anversois Jan Fabre débute avec ses performances qu’on peut considérer comme « la source originelle » de toute l’œuvre qui suivra. Dans la performance Ik, aan het dromen, l’artiste étudie son corps. Il frotte ses jambes comme il rabote le bois de la table. L’objet devient corps, le corps devient objet.

Dans les performances qu’ils ont réalisées entre 1975 et 1988, Marina Abramović et Ulay ont mis à l’épreuve leur propre endurance physique et mentale. Dans Rest Energy, le couple explore les limites de l’épuisement et de la douleur poussés à l’extrême.

 

Société

Sous l’appellation « société », nous incluons l’art engagé sur le plan politique et social, mais aussi l’art qui se penche de manière plus indirecte sur les relations humaines. La collection reflète les évolutions sociales, et ces dernières années, elle se concentre toujours davantage sur la réalité multipolaire.

Le militant, auteur et artiste Jimmie Durham affirme que l’Europe ne peut être vue comme un continent en soi, mais uniquement comme une presqu’île de l’Eurasie. Selon cette définition strictement géographique mais ouverte, l’Eurasie est et restera le point de mire de la future collection du M HKA. L’œuvre A Dead Deer de Jimmie Durham invite le visiteur à réfléchir sur lui-même, sur le monde et sur les autres cultures à la vue d’images clichées produites par des blancs sur l’art amérindien.

Ilya & Emilia Kabakov ont joué un rôle important dans la relance du dialogue artistique que l’Union soviétique a entamé dans les années 70 avec l’avant-garde internationale. In The Closet s’articule autour de l’être humain et de ses rêves et désirs de petite envergure qui l’aide à échapper à une réalité souvent complexe et oppressante.

L’œuvre de Michelangelo Pistoletto témoigne également d’ambition sociale. Divisione e moltiplicazione dello specchio reflète et démultiplie l’œuvre elle-même, la salle d’exposition du musée et le visiteur. La réflexion est vue ici littéralement comme la genèse du monde, une image qui absorbe en outre immédiatement tout changement.

Jef Geys fait du geste subversif sa méthode et son matériau. Il incite le spectateur à des pensées critiques sur l’art, le monde de l’art et la société. Dans l’autoportrait Zwarte overall, Jef Geys sape l’image que la société se forge de l’artiste en se représentant comme un personnage faisant penser à un détenu, un criminel ou un terroriste. Le bleu héraldique colore un des deux triangles qui forme l’étoile de David qu’il présente.

Thierry De Cordier réfléchit quant à lui à la façon dont un artiste se rapporte au monde. Hoofdbreker, un torse sans tête qui ressemble vaguement à une montagne est une œuvre sombre sur la solitude, les limites humaines et la quête de réponses.

Almagul Menlibayeva combine son intérêt pour les traditions régionales et la critique de la politique identitaire officielle. Steppen Police est une réflexion à la fois romantique, mélancolique et surréaliste sur les brusques développements culturels dans son pays natal, le Kazakhstan.

Pour Oozewald, Cady Noland utilise une photo de presse de Lee Harvey Oswald, l’assassin de John F. Kennedy, au moment précis où Jack Ruby l’abat. L’œuvre thématise de la sorte l’actualité, la violence et le rôle des médias.

Otobong Nkanga aborde certains problèmes parmi les plus urgents de notre époque. Infinite Yield traite des relations entre le paysage, l’être humain et le travail.

 

BIBLIOTHÈQUE ET SALLE DE LECTURE : ŒUVRES MARQUANTES PARMI LES LIVRES

Une collection s’accroît de manière organique. Outre les grandes lignes et les références majeures, elle se compose aussi de moments et de présences qui approfondissent la complexité et les hasards. Outre des livres, on trouve de la salle de lecture un certain nombre d’œuvres marquantes de la collection du M HKA.

Madonna de Koen van den Broek est une interprétation abstraite d’un tableau de Jean Fouquet de 1452, l’œuvre phare de l’exposition Chefs-d’œuvre au MAS, dont le thème était la pensée à travers l’image.

Compositie met dubbele lijn en blauw vlak (1934) – une pièce de la collection du Vleeshal à Middelburg – est une œuvre de Marlow Moss, une artiste influencée par l’œuvre de Mondrian qui a introduit la double ligne dans le néoplasticisme estimant que la ligne simple est statique, arythmique et qu’elle constitue une fermeture. Ce tableau apporte un second point de fuite iconique dans la collection, parallèlement aux beaux-arts classiques : les prémices de l’avant-garde radicale.

Mobile Medium University (Floating UIA) est une des premières propositions architectoniques de Luc Deleu. L’artiste joue avec l’idée d’engager trois porte-avions aux couleurs vives offrant l’ensemble des cursus de l’université d’Anvers.

Sans Titre d’Els Dietvorst est un élément de l’installation monumentale Skull – un crâne géant de Neandertal avec des dents en forme de personnages humains – qu’elle a réalisée durant la Biennale de Moscou 2015. Les hommes de Neandertal ont coexisté pacifiquement avec les nouveaux immigrants sur leur territoire : les homo sapiens. L’œuvre symbolise la migration et le respect de l’Autre.

Mutation d’Erbossyn Meldibekov transforme le buste classique de Lénine en « art Lénine » et en « Lénine d’Asie centrale ». Pour le M HKA, il a ajouté une série « Lénine style Lumumba » : un Lénine belge.

Du reste, nous présentons des œuvres, entre autres, d’Evgeny Antufiev, Alain Arias-Misson, Charif Benhelima, James Lee Byars, David Claerbout, Vaast Colson, Rein Dufait, Jan Fabre, Hans-Peter Feldmann, Robert Filliou, NS Harsha, Suchan Kinoshita, Ivan Kožarić, Bernd Lohaus, Taus Makhacheva, Guy Mees, Jacqueline Mesmaeker, Nadia Naveau, Panamarenko, Ria Pacquée, Laure Prouvost, Timothy Segers, Koen Theys, Paul Van Hoeydonck, Anne-Mie van Kerckhoven, Ben Vautier, Franz West, Xu Zhen et une sélection d’objets pre-cinématographiques de la collection Vrielynck.

 

DE FILLIOU À BIJL : L’ART EN TANT QUE VIE

Dans l’espace des toilettes, nous montrons des œuvres de certains artistes de la collection qui explorent la frontière entre l’art et la vie, l’évoquent ou tentent même de l’effacer.

Le happening, très apparenté à Fluxus, est la figure de proue de la collection du M HKA. Cette forme d’art qu’on voit émerger à partir des années 60 tente de faire fusionner l’art et la vie. Robert Filliou, qui s’est autodéclaré « génie sans talent » remet sans cesse le statut de l’art en question, non sans humour. Selon lui, tout le monde est artiste et c’est la tâche de tous les artistes de le démontrer.

Guillaume Bijl souhaite associer le spectateur de manière immédiate et directe à l’œuvre. Ses installations, hyperréalistes, surréalistes et tragi-comiques à la fois, sont parfois une réalité dans la non-réalité ou le contraire, des fictions dans le réel.

On peut également voir des œuvres, entre autres de Paul De Vree, Anna Bella Geiger, Carlos Ginzburg, Rustam Khalfin, Martin Kippenberger, Léa Lublin, Eugenio Miccini, Luciano Ori, ORLAN, Anatoly Osmolovsky, Lamberto Pignotti, Sarenco, Nicolás Uriburu, Ben Vautier et Peng Yue.

 

TRAVAILLER EN DIALOGUE AVEC LE BÂTIMENT

Quelques œuvres sont littéralement indissociables du M HKA. Une des premières pièces réalisées au M HKA est Projet de toilettes pour le Musée de Mönchengladbach de Robert Filliou. L’artiste invite un visiteur à entrer par la porte de son choix – hommes, femmes ou artistes.

En prenant l’ascenseur pour monter au quatrième étage, on aperçoit une autre œuvre : De groeiende ladder de Hugo Duchateau que l’artiste a monté dans la cage de l’ascenseur pour l’inauguration du musée.

L’œuvre Sans Titre de Keith Haring au M HKAFE combine le langage visuel de la culture de la rue avec des thèmes et des symboles séculaires. Haring a réalisé cette peinture murale la veille de l’inauguration du musée, en 1987. Il s’agit de l’un de ses rares projets dans l’espace public en Europe qui ait résisté à l’usure du temps.

Sur le toit-terrasse, on peut faire l’expérience de la dimension spatiale de la lumière du jour dans le pavillon Skyspace de James Turrell.

La rénovation du M HKA en 2009 a prévu de l’espace sur la façade avant pour le logo que l’artiste Christophe Terlinden a conçu : M HKA sans « u ».

Toujours sur la façade, l’œuvre monumentale et sans titre d’Enrico David se compose de dix figures identiques réduites à de purs jeux de lignes, avec autant de traits masculins que féminins, qui scrutent le ciel.

Plus loin dans la ville, on peut admirer des œuvres de la collection permanente du M HKA, entre autres, Quand le ciel est bas et lourd de David Lamelas à côté du Musée royal des Beaux-Arts (KMSKA) et à proximité du lieu qui abritait autrefois la galerie légendaire Wide White Space. Et bien entendu la Maison Panamarenko et sa plateforme d’atterrissage pour hélicoptère, au cœur du quartier du Seefhoek.

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