Un institut des futurs temporaires

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Event

M HKA, Antwerpen

28 April 2017 - 17 September 2017

Prospectivistes : Agence Future, Stuart Candy, Center for Postnormal Policy & Futures Studies, Mei-Mei Song

Artistes : Michel Auder, Miriam B
äckström, Kasper Bosmans, Simryn Gill, Guan Xiao, Jean Katambayi Mukendi, Alexander Lee, Nina Roos, Darius Žiūra

Un institut temporaire des futurs est organisé par le M HKA dans le cadre de « The Uses of Art », un projet de la conféderation de musées européens L’Internationale.

Personne ne connaît ce qui n’existe pas encore. Mais identifier des futurs possibles, probables et préférés peut nous aider à comprendre le présent et le passé. Le pluriel est important ; il nous rappelle que nous ne devons pas tenter de prédire « le » futur. Tout comme l’art, les études des futurs (aussi appelé prospective) sont plus qu’une discipline, mais une pratique et une méthode, une voie détournée de compréhension plutôt qu’un chemin direct vers la connaissance.

Un Institut Temporaire des Futurs souhaite nous faire réfléchir de façon critique sur les choses à venir plutôt que de porter un regard rétrospectif sur un avenir imaginaire. Comment des expositions vont-elles stimuler notre pensée ? Faut-il qu’elles deviennent des environnements immersifs pour nous éloigner de nos écrans ? À quel point les expositions, l’art et les artistes présentés seront-ils autonomes à l’égard du reste du monde ?

Cette exposition, dont le co-commissariat est assuré par Anders Kreuger et Dr Maya Van Leemput, combine des dispositifs visuels prospectivistes professionnels et des œuvres (principalement de nouvelles pièces exposées pour la première fois) d’artistes contemporains afin de voir ce que ces deux contextes ont en commun et la façon dont ils peuvent s’interroger réciproquement. L’exposition s’articule autour des « quatre futurs », que le professeur Jim Dator de l’Université d’Hawaï a proposés à la fin des années 60. Il a identifié la « croissance continue », l’« effondrement », la « discipline » et la « transformation » comme images génériques que nous pourrions utiliser pour envisager des futurs de prédilection.

L’artiste Alexander Lee (°1974, Polynésie française) a créé la scénographie générale de l’exposition Un Institut des Futurs temporaires. Te fanau'a 'una'una nā te Tumu: The Sentinels, 2017, couvre presque deux murs de l’exposition et réunit trois motifs océaniens : la mer elle-même ; la feuille de l’arbre à pain – une espèce océanienne introduite par les colonisateurs européens aux Caraïbes pour nourrir les esclaves sur les plantations ; le champignon atomique qui fait référence aux essais nucléaires menés dans la région. The Botanical Manufacture III, 2017, est une série d’impressions sur textile de motifs de feuilles d’arbre à pain réalisées avec la participation des visiteurs de l’exposition. Petroglyphs (Fenua Enata/Terre des Hommes), 2017, une installation de frottis à l’encre représentant des agrandissements de pétroglyphes des îles Marquises, met en regard une communication visuelle préhistorique et des images de futurs – le matériau de travail disponible pour les futuristes. L’installation d’Alexander Lee est soutenue par Air Tahiti Nui et la Thyssen-Bornemisza Art Contemporary Academy.

Les prospectivistes et les artistes du segment de l’exposition dédié à la croissance continue interprètent l’image du futur de manière métaphorique et critique, comme une continuité, un processus infini d’enrichissement et d’élaboration.

Dans l’installation vidéo à plusieurs écrans Conversation Piece, 2017, Agence Future (Belgique, Dr Maya Van Leemput, °1969, et Bram Goots, °1971) utilise des outils des domaines de la prospective, de la théorie des communications, de l’ethnographie visuelle et des arts pour montrer la façon dont des experts et des citoyens ordinaires du monde entier parlent de leurs futurs. A Timeline in Four Layers, 2017, présente l’histoire de la pensée et de la pratique futurologiques dont ces outils dérivent. Toynbee Convector, 2016 est une projection « d’images d’un futur » photographiées dans la réalité actuelle suivant les instructions détaillées de prospectivistes professionnels.

Nina Roos (°1956, Finlande) présente Regarding the Point of Restraint, 2017, une structure pavillonnaire ou elle expose une série de cinq tableaux (dont un diptyque) qui paraissent mettre en évidence des « lignes » ou des « fils conducteurs » ou des « ficelles » d’action ou de progrès. Avec le soutien de Frame, Contemporary Art Finland ; présenté avec l’aimable autorisation de la Galerie Forsblom, Helsinki.

Gustoniai, 2001–2016 – en cours, porte le nom du village où Darius Žiūra (°1968, Lituanie) a grandi. Il y retourne tous les trois ans et y réalise des portraits vidéo muets d’une minute de tous les habitants. Les six films, qui couvrent désormais une période de quinze ans, sont recomposés en une installation vidéo qui devient ainsi une « horloge humaine ».

Le deuxième des quatre futurs pourrait être le plus émoustillant. Qui ne rêve pas secrètement d’être témoin de choses qui s’écroulent dans le chaos – à distance, bien en sécurité dans un musée d’art ? Mais plutôt qu’offrir des représentations graphiques de scénarios catastrophes, ce segment de l’exposition se penche sur « l’avant et l’après » effondrement.

Le Center for Postnormal Policy & Futures Studies, basé à Londres, est représenté dans cette exposition par son directeur, le professeur Ziauddin Sardar (°1951, Pakistan/UK) et son directeur adjoint, John A. Sweeney (°1977, USA). Leur installation Postnormal Times, 2017, présente des futurs caractérisés par la contradiction, la complexité et le chaos, où tout ce qui était « normal » a disparu alors que dans le jeu Polylogue, 2017, l’effondrement démontre son potentiel de régénérescence. Une exposition conçue par Aine Cassidy et ses collègues d’Effusion à Londres.

Michel Auder (°1944, France/USA) observe la splendeur et la misère de la vie métropolitaine depuis les années 60. 1967, 1967/2017, une installation à neuf canaux inspirée de séquences de films muets rappelle l’optimisme juvénile d’il y a cinquante ans alors que trois autres vidéos nous font entrevoir la psyché états-unienne qui paraît préfigurer le 11 septembre 2001 et le trumpisme : It’s Hard to Be Down When You’re Up, 1978/2005, filmé au World Trade Center à New York ; Voyage to the Center of the Phone Lines, 1993, une écoute de conversations interceptées sur des téléphones mobiles ; Mixing Up the Medicine, 2015, un film expérimental de structure libre. Avec l’aimable autorisation des galeries Martos à New York et Gavin Brown’s Enterprise à New York/Rome.

Simryn Gill (°1959, Malaisie/Australie) utilise une variété de disciplines pour articuler l’idée et la réalité de la dégénérescence et de la régénérescence « au-delà de l’entropie ». Celles-ci lui permettent, à elle ainsi qu’à d’autres agents humains, de transformer des cycles ou des processus répétitifs en moteur de libre arbitre et de création, indiquant un état. Let Them Eat Potatoes, 2015, est une installation de multiples impressions réalisées avec des empreintes sur pommes de terre. My Own Private Angkor, 2007–2009, montre les compositions de plaques de verre que les gens abandonnent après avoir volé les châssis de fenêtre en aluminium dans un lotissement abandonné en Malaisie. Pour Windows, 2011–2017, Gill a tourné son appareil photographique vers le ciel à partir de ces fenêtres dépouillées de carreaux.

Avec l’aimable autorisation de Tracy Williams Ltd., New York et Utopia Art Sydney.

De même que l’effondrement peut à la fois signifier la destruction d’une culture et le germe d’une nouvelle croissance, une société future disciplinée peut être organisée soit selon une approche descendante (top down), avec une idéologie comme instrument de contrôle, ou selon une approche ascendante (bottom up), avec une idéologie comme cause commune.

Mei-Mei Song (°1966, Taiwan) est professeure assistante au Graduate Institute of Futures Studies de l’université Tamkang à Taipei. Elle présente un système technologique de fixation de prix de produits de consommation dans une société future où les produits à vendre sont évalués en euros et en points d’empreinte carbone et où le travail est un privilège qu’il faut payer. Time, 2017, est un jeu de rôle qui donne l’instruction aux participants de « regarder en arrière avant de regarder en avant ». Graphisme par Duanduan Hsieh et Pieter Boels.

Deux artistes de ce segment de l’exposition se sont soumis à des protocoles de travail hautement disciplinés, Miriam Bäckström (°1967, Suède) présente quatre tapisseries de la série New Enter Image, 2016 – en cours. Ces grandes images, inspirées de multiples photographies numériques en haute définition, représentent des textiles ou de modestes objets du quotidien. Tissées sur des métiers à tisser Jaquard, elles articulent l’impossibilité d’une perspective centrale dans la réalité numérique. Nous sommes dans les images ; nous sommes devenus les images. Avec le soutien de l’Iaspis – le Comité suédois d’attribution de bourses artistiques, Marabouparken konsthall à Sundbyberg, Suède, et Kvadrat ; avec l’aimable autorisation de la Galería Elba Benítez, Madrid.

Dans trois nouveaux tableaux, Kasper Bosmans (°1990, Belgique) met en avant sa prédilection pour le pictogramme comme mode d’action. Legend: A Temporary Futures Institute, 2016, et The Four Futures Frieze, 2017 – une œuvre qu’il a exécutée sur les murs verticaux entourant une lucarne – proposent une traduction ironique des « quatre futurs » de Jim Dator en langage pictural. Discipline, 2017, est un plafond incliné peint en rose corail qui fait également office d’interprétation chromatique de la pensée disciplinée. Bosmans a en outre conçu, en collaboration avec Anders Kreuger, le mobilier produit spécialement pour l’exposition. Avec le soutien et l’aimable autorisation de Gladstone Gallery, New York/Bruxelles.

Il sied à ce segment de l’exposition consacré au futur « préféré » de la plupart des gens d’être possiblement le plus divers de l’exposition aussi. La transformation est un processus dynamique, auréolé d’un halo d’espoir, bien que ses aboutissements soient singulièrement imprévisibles, surtout si nous considérons l’interaction transformative entre l’homme et la machine qui se produit depuis au moins 250 ans.

Dr Stuart Candy (°1980, Australie/Canada), actuellement professeur associé à l’École de l’Institut des Arts de Chicago se définit comme prospectiviste professionnel et concepteur d’expérience. Son installation NurturePod, 2017, présente notre symbiose toujours plus absurde avec des systèmes d’information en affublant un enfant en bas âge d’un micro-casque.

Guan Xiao (°1983, Chine) commente ce même thème dans son triptyque vidéo DengueDengueDengue, 2017. Comme toujours, elle définit l’abstrait à travers le concret démonstratif et irrévérencieux. Des séquences d’un aujourd’hui fébrile, houleux et robotique sont transformées en réalité « panchronique » dans laquelle le passé, le présent et le futur nous attaquent simultanément. Avec l’aimable autorisation de Kraupa-Tuskany Zeidler à Berlin.

Formé en science et en ingénierie, Jean Katambayi Mukendi (°1974, RDC) présente souvent des objets-machines en carton et en papier coloré. Ici, il se concentre ici sur le diagramme. Inertia, 2017, est une installation composée d’éléments autonomes. L’Arbre (sa métaphore centrale, un diagramme qui remet en question l’énergie transformative de la suite de Fibonacci) et Le Char sont fabriqués en carton brun alors que La Classe, un texte qui fait référence à la nécessité de communiquer à une vitesse de plus en plus élevée, est écrit à la craie sur trois tableaux noirs. Soutenu par Agence Future, Anvers ; avec l’aimable autorisation de trampoline, Anvers.

Un Institut des futurs temporaires accueille aussi des présentations temporaires. La première présentation est une sélection d’aquarelles d’Izmail Efimov (°1946, République de Mari El, Fédération de Russie), récemment acquises par la collection du M HKA. Efimov, qui a entamé sa carrière au milieu des années 70, est l’un des artistes ethno-futuristes les plus originaux. Ce terme, inventé en Estonie dans les années 80 et adopté dans les années 90 dans les régions finno-ougriennes de la Russie européenne, désigne un nouveau mouvement culturel qui « s’appuie sur le passé et travaille pour l’avenir ».

La seconde exposition temporaire débutera à la mi-juin. Prelude: A Weaving Generation présente des objets – des références à des recherches en cours ou des modèles pour des projets à venir – conçus par une nouvelle génération d’architectes en Flandre et aux Pays-Bas. Produite par l’Institut flamand d’Architecture, la présentation faisait partie à l’origine d’une exposition au Deutsches Architekturmuseum à Francfort, en 2016.

Le programme public de l’exposition Un Institut des futurs temporaires se compose d’une série d’ateliers qui abordent des thèmes spécifiques ayant trait aux futurs : Anvers, connaissance, diversité, mode, l'État providence.

Chaque atelier dure trois heures et est animé par un(e) prospectiviste professionnel(le). Pour plus d’information, veuillez consulter le site du M HKA (www.muhka.be), pour vous inscrire, veuillez envoyer un courriel à atfi@muhka.be.

La conférence internationale des futurs Design, Develop, Transform (ddtconference.org) aura lieu au M HKA les 16 et 17 juin prochains (ddtconference.org). Elle est co-organisée par le centre de connaissances Applied Futures Research – Open Time de l’école supérieure Erasmus, à Bruxelles.

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